Éducation & Emploi

Se reconvertir en orthophoniste impose cinq ans d’études, sans alternance ni raccourci

Élodie Saint-Jalmes 7 min de lecture
Reconversion orthophoniste : 5 ans d’études sans alternance

La reconversion vers l’orthophonie attire par l’utilité du métier, la relation avec les patients et des débouchés favorables. Elle demande toutefois de reprendre un cursus sélectif de cinq ans. Avant de candidater, il faut donc vérifier l’adéquation du projet avec ses attentes, ses contraintes familiales et ses ressources financières.

Un métier de soin, de langage et de relation qui ne se résume pas aux enfants

L’orthophoniste est un professionnel paramédical qui prévient, évalue et rééduque les troubles de la communication, du langage oral et écrit, de la voix, de la parole ou encore de la déglutition. Son travail commence généralement par un bilan orthophonique, puis se poursuit par un accompagnement individualisé, en lien avec le patient, sa famille et, selon les situations, les médecins, les enseignants ou d’autres soignants.

Les enfants concernés par un retard de langage, une dyslexie, un bégaiement ou des difficultés d’apprentissage occupent une place importante dans l’activité. Les adultes sont aussi concernés, notamment après un accident vasculaire cérébral, en cas de troubles neurologiques, de pathologies de la voix ou de difficultés de déglutition. Cette diversité compte dans une reconversion : l’orthophonie repose sur une pratique clinique, l’observation et la rééducation.

Pourquoi les actifs s’y projettent

Les enseignants, les professionnels du soin, les éducateurs et les personnes issues des métiers de l’accompagnement disposent souvent de compétences utiles : écoute, pédagogie, capacité à instaurer un cadre rassurant et attention portée aux progrès parfois très progressifs. Le métier peut aussi répondre à l’envie de retrouver du sens tout en développant une expertise reconnue, puisque le Certificat de Capacité d’Orthophoniste, ou CCO, confère le grade de Master.

Cette reconversion n’est pourtant pas forcément plus douce. Les séances exigent une présence soutenue, une préparation rigoureuse et une adaptation constante. Le secret professionnel, les comptes rendus, la coordination avec d’autres intervenants et la charge administrative font partie du quotidien. La patience, l’écoute, la pédagogie, la créativité et la discrétion sont donc aussi importantes que l’intérêt pour le langage.

La formation : un parcours obligatoire de cinq ans

Il n’existe pas de voie rapide pour devenir orthophoniste grâce à une expérience antérieure, même lorsque celle-ci est proche du domaine. Pour exercer, il faut obtenir le Certificat de Capacité d’Orthophoniste au terme de cinq années d’études dans un centre de formation universitaire, généralement rattaché à une UFR de médecine.

Le cursus associe des enseignements scientifiques et cliniques : anatomie, phonation, physique acoustique, linguistique, psychologie, mathématiques, mais aussi musique et dessin. Les stages confrontent progressivement les étudiants aux réalités des prises en charge. Un mémoire de fin d’études et sa soutenance complètent la formation.

Admission : dossier et entretien, dans un contexte très sélectif

La sélection ne repose plus sur le concours écrit classique. Les candidatures passent par Parcoursup pour les personnes concernées par cette plateforme et par ParcourPlus pour les adultes engagés dans une reprise d’études. Le dossier et l’entretien oral doivent présenter un projet cohérent, des capacités académiques et une connaissance concrète du métier.

La sélection reste très exigeante : 975 places étaient disponibles en première année en 2023-2024 et seulement 5 à 10 % des candidats sont généralement admis. Une expérience professionnelle peut renforcer un dossier, mais elle ne remplace ni les prérequis ni une préparation sérieuse. Il n’y a pas de VAE ou de passerelle permettant de réduire les cinq années de formation.

Peut-on travailler pendant les études ?

La formation n’est accessible ni à distance ni en alternance. Entre les cours, les stages, le travail personnel et les évaluations, conserver un emploi à temps plein est rarement réaliste. Un emploi ponctuel peut parfois s’envisager selon l’organisation de l’étudiant, mais il ne doit pas devenir le socle financier du projet sans analyse préalable.

Une reconversion réussie demande de regarder concrètement son emploi du temps. Il faut cartographier les périodes de cours, les lieux de stage, les temps de transport et les revenus incompressibles du foyer. Cette étape permet de déterminer si un congé, une réduction d’activité, une épargne ou un soutien familial sera nécessaire. Elle évite aussi de confondre motivation et disponibilité réelle.

Financer la reprise d’études sans sous-estimer le manque à gagner

Le coût du projet ne se limite pas aux droits universitaires. Il faut également prévoir le logement ou les déplacements si le centre de formation est éloigné, les fournitures, les repas, la garde d’enfants et surtout la baisse ou l’absence de salaire pendant plusieurs années. Un budget annuel, complété par une projection sur cinq ans, donne une base plus fiable pour décider.

  • Le CPF peut être mobilisé si la formation ou les actions associées sont éligibles. Les modalités doivent être vérifiées avant de construire le plan de financement.
  • Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) peut être une piste pour les salariés qui remplissent les conditions. Le dossier doit être préparé suffisamment tôt.
  • France Travail peut accompagner les demandeurs d’emploi dans l’étude du projet et la recherche d’aides adaptées à leur situation.
  • L’épargne, un temps partiel du conjoint, un congé ou un prêt peuvent compléter ces dispositifs. Aucune de ces options ne doit être considérée comme automatique.

Le bon réflexe consiste à contacter les organismes concernés avant toute démission. Demandez ce qui peut être financé, sous quelles conditions et selon quel calendrier. Un refus ne condamne pas le projet. Il peut conduire à reporter la candidature d’un an pour consolider le budget et préparer un dossier plus solide.

Libéral ou salariat : deux réalités professionnelles après le diplôme

Les débouchés sont favorables et le chômage est très faible dans la profession. Environ 33 000 orthophonistes exercent en France, dont 5 000 en Île-de-France. La demande de soins est forte, mais le quotidien varie selon le statut choisi.

Mode d’exercice Atouts Points de vigilance
Cabinet libéral Autonomie, organisation de l’activité, choix de la patientèle et des partenariats. Charges, gestion administrative, installation et responsabilité économique.
Salariat Cadre collectif, stabilité et échanges avec une équipe pluridisciplinaire. Moins de latitude sur l’emploi du temps et les modalités d’exercice.

Près de 80 % des orthophonistes exercent en cabinet privé. Le salaire mensuel net moyen mentionné est d’environ 2 060 € pour un homme et 2 000 € pour une femme. Ces repères doivent être interprétés avec prudence : le revenu dépend notamment du statut, du volume d’activité, des charges et du lieu d’exercice.

Après le diplôme, la formation continue est obligatoire. Avec quatre à cinq ans d’expérience, il est aussi possible d’envisager le diplôme de cadre de santé. Le choix entre libéral et salariat peut donc évoluer au fil du parcours, selon les priorités professionnelles et personnelles.

Décider sans idéaliser : les étapes d’un projet crédible

Avant de candidater, distinguez ce que vous voulez quitter de ce que vous voulez réellement retrouver. La fatigue liée à l’emploi actuel ne suffit pas à valider un projet d’orthophonie. L’intérêt pour le langage, la rééducation et le suivi des patients doit s’inscrire dans la durée. Échangez avec des orthophonistes, observez si possible leur environnement de travail et renseignez-vous sur les contraintes du salariat ou de l’installation libérale dans votre zone géographique.

  1. Évaluez votre dossier : parcours scolaire, expériences utiles, projet professionnel et préparation à l’entretien.
  2. Chiffrez plusieurs scénarios : maintien de l’emploi avant l’entrée en formation, réduction d’activité, congé ou reprise d’études à temps plein.
  3. Organisez votre logistique : centre de formation, trajets, stages, logement et garde d’enfants éventuelle.
  4. Préparez une solution alternative : reporter la candidature, renforcer le dossier ou explorer un métier proche si les contraintes sont incompatibles avec votre situation actuelle.

Se reconvertir en orthophoniste à 30, 40 ans ou plus est possible. La maturité professionnelle peut même devenir un atout lors de l’entretien. La décision la plus solide n’efface pas toutes les incertitudes : elle transforme l’envie d’aider en un plan de formation, de financement et d’organisation capable de tenir sur cinq ans.

Élodie Saint-Jalmes
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